Harry Nuriev, designer de l’année : l’art de transformer le réel

Il fait partie de ces créateurs qui refusent les étiquettes. Architecte de formation, designer par nécessité, artiste par instinct, Harry Nuriev s’est imposé en une décennie comme l’une des figures les plus singulières de la scène créative contemporaine. Sa désignation comme Designer de l’année consacre une démarche radicale, à la croisée de l’architecture, du design, de la mode et de l’art conceptuel.
Fondateur de Crosby Studios, Nuriev développe une pratique transversale où les frontières disciplinaires s’effacent au profit d’un langage visuel fort, immédiatement reconnaissable. Ses projets, qu’ils prennent la forme d’intérieurs, d’installations ou d’objets, interrogent moins la fonction que le sens : que racontent nos espaces, nos meubles, nos habitudes ? Et comment les transformer sans repartir de zéro ?
Transformer plutôt que créer
Au cœur de son travail se trouve une idée simple mais puissante : le monde est déjà saturé d’objets, d’images et de formes. Inutile d’en ajouter. Ce qui importe, selon Nuriev, c’est de réinterpréter l’existant, de le déplacer, de le détourner, de le charger d’une nouvelle valeur symbolique. Cette approche, qu’il qualifie de transformism, consiste à révéler le potentiel caché de ce qui nous entoure.
Dans ses projets, un objet banal peut devenir sculpture, un espace standardisé se muer en manifeste esthétique. Le design n’est plus une réponse à un cahier des charges, mais un acte critique
Dans ses projets, un objet banal peut devenir sculpture, un espace standardisé se muer en manifeste esthétique. Le design n’est plus une réponse à un cahier des charges, mais un acte critique : une manière de commenter notre époque, sa surproduction, sa mémoire et ses contradictions.
Une esthétique brute et conceptuelle
Visuellement, le travail de Harry Nuriev se distingue par une esthétique volontairement épurée, parfois radicale. Couleurs monochromes, matériaux industriels, formes simples : tout concourt à créer des environnements presque abstraits, où chaque élément semble placé avec une précision chirurgicale. Cette rigueur formelle n’exclut pas l’émotion ; elle la canalise.
Ses espaces sont pensés comme des expériences. On ne s’y contente pas de regarder : on les traverse, on les habite, on les interprète. Le mobilier y perd son statut utilitaire pour devenir un outil narratif, un fragment de discours sur notre rapport au quotidien.
Du design à la mode, un langage commun
Si Nuriev s’est d’abord fait connaître par l’architecture intérieure, son champ d’action dépasse largement ce cadre. Ses collaborations avec des maisons de mode et de luxe témoignent d’une vision cohérente, capable de s’adapter à différents territoires sans jamais se diluer. Qu’il travaille sur une installation, une boutique ou un objet, il applique la même logique : questionner l’identité, détourner les codes, créer du sens.
Cette capacité à dialoguer avec des univers variés explique en partie son influence croissante. Nuriev ne conçoit pas le design comme une discipline autonome, mais comme un langage commun, capable de relier architecture, art, mode et culture contemporaine.
Un designer de son temps
La reconnaissance dont il fait aujourd’hui l’objet ne tient pas seulement à son esthétique, mais à la pertinence de son discours. À une époque marquée par la crise écologique, la saturation visuelle et la remise en question des modèles de production, Harry Nuriev propose une alternative : faire avec ce qui existe déjà, regarder autrement, transformer plutôt que consommer.
En ce sens, il incarne une nouvelle génération de designers, plus réflexifs, plus critiques, pour qui la création n’est pas un geste décoratif mais un acte culturel. Être nommé Designer de l’année vient ainsi saluer une œuvre en mouvement, profondément ancrée dans les enjeux contemporains, et résolument tournée vers l’avenir.
beaux art de Paris , Harry Nuriev








